Léon Blum [leɔ̃ ˈblum]n 1, né le à Paris et mort le à Jouy-en-Josas, est un homme d’État français. Figure du socialisme, il est président du Conseil de à et de à , puis président du Gouvernement provisoire de la République française de à .

Membre du Conseil d’État ainsi qu’écrivain, il devient un dirigeant de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) à l’approche des élections législatives de 1919 et refuse l’année suivante de voter l’adhésion à l’Internationale communiste lors du congrès de Tours en .

Après la victoire de la coalition du Front populaire aux élections législatives de 1936, il forme un premier gouvernement comprenant plusieurs femmes. Il conduit d’importantes réformes socialistes (congés payés, réduction du temps de travailetc.) ; en raison de l’hostilité des radicaux, il ne vient pas militairement en aide aux Républicains espagnols, ce qui conduit le Parti communiste à lui retirer son soutien. Il redevient président du Conseil l’année suivante, mais pour seulement un mois.

Lors de l’occupation de la France par la Wehrmacht, il est emprisonné par le régime de Vichy, traduit en justice lors du procès de Riom en 1942, puis déporté à Buchenwald. Libéré en 1945, il préside ensuite le dernier gouvernement provisoire de la République française durant la période de mise en place des institutions de la Quatrième République.

Biographie

Jeunesse

Origines

Léon Blum est le second fils d’Abraham, dit « Auguste »1 Blumn 2, qui tient un commerce prospère de rubans et soieries avec ses frères Henri et Émile, la maison « Blum frères »1, et de Marie Adèle Alice Picartn 3, tous deux de religion juive. Mariés le 5,6 dans le 1er arrondissement de Paris, Auguste et Marie habitent au-dessus du magasin au 243 (de nos jours 151), rue Saint-Denis (2e arrondissement), où André Léon Blum naît le n 4,7,8. Il a un frère aîné, Lucien, né en 1869, et aura trois cadets : Marcel (1875), Georges (1877) et René (1878)9.

Formation

À partir de 1876, aux côtés de Lucien, il fait une scolarité primaire comme interne dans différentes institutions (pensions Roux, rue d’Aboukir ; pension Pignerol). En 1882, il entre en sixième au lycée Charlemagne et est interne à la pension Kahn (rue des Francs-Bourgeois) ; il fait une brillante scolarité secondaire. En 1888, il part au lycée Henri-IV faire sa classe de Philosophie. Il y rencontre André Gide10 ; à l’âge de 17 ans, il publie ses premiers poèmes dans une revue créée avec celui-ci. En 1889, il obtient le second prix du concours général de philosophie et est reçu au baccalauréat.

En juillet 1890, il est reçu (23e sur 25) à l’École normale supérieure où il va faire la connaissance du futur bibliothécaire Lucien Herr. Mais il se désintéresse des cours et, ayant échoué aux examens de licence de première année, il est exclu de l’école (). Il poursuit ensuite des études de Lettres à l’université de Paris11, mais commence aussi des études de droit ; il obtient la licence de droit en 189412.

Famille

Jeanne Blum et son époux Léon en 1946.

Après la mort de sa première femme Lise Bloch6,13, épousée en 1896, décédée en 1931 et dont il a eu son unique enfant, Robert Blumn 5, Léon Blum se remarie en 1932 avec Thérèse Pereyra, dont il était l’amant depuis 191114. Elle meurt en 1938 à Paris, dans une clinique de la rue Georges-Bizet, où elle se trouvait pour subir une opération de la vésicule biliaire.

Léon Blum vit ensuite à partir de 1940 avec Jeanne Levylier (ancienne épouse d’Henry Torrès et d’Henri Reichenbach), qu’il épouse en troisièmes noces en 1943 au camp de Buchenwald15, où elle avait demandé à le rejoindre16.

Conseiller d’État

Léon Blum se présente au concours du Conseil d’État et est reçu à sa deuxième tentative10. Âgé de 23 ans, il est nommé auditeur en décembre 189512.

Il va y faire une carrière de près de 25 ans, interrompue seulement par ses fonctions de chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat, ministre des Travaux publics, de 1914 à 1916.

Il est commissaire du gouvernement dans des affaires célèbres jugées par le Conseil, comme l’arrêt « Granits porphyroïdes des Vosges » de 191217, « Époux Lemonnier » de 191818 ou encore « Compagnie générale française de tramways » de 191019, qui ont contribué à forger la jurisprudence administrative.

Écrivain et critique littéraire

Léon Blum vu par Félix Vallotton, portrait paru dans La Revue blanche, 1900.

Durant la première partie de sa vie, c’est comme écrivain que Léon Blum souhaite être reconnu. Aussi, parallèlement à sa profession de magistrat au Conseil d’État, il consacre l’essentiel de son activité à l’écriture20.

Léon Blum, au début du XXe siècle, écrit des critiques de livres et de pièces de théâtre. Il participe à la revue Le Banquet, dirigée par Fernand Gregh, où il côtoie notamment Marcel Proust et où il donne ses premières chroniques20. À partir de , il collabore durant près de neuf années à La Revue blanche21, où ses chroniques établissent sa réputation dans le milieu littéraire parisien. L’acteur, metteur en scène et professeur Jean-Laurent Cochet estime, pour sa part, qu’il est « le critique le plus intelligent de son époque ». Il côtoie les auteurs de l’époque (Sacha Guitry, Anna de Noailles, par exemple) et fait partie de la vie parisienne. Il se bat même en duel à l’épée le pour une critique, avec Pierre Veber, l’auteur de Une Loge pour Faust ; ce duel fut filmé22. Loin des conventions bourgeoises, il se prononce pour la liberté amoureuse avant le mariage dans son ouvrage Du mariage (1907) qui fait scandale23. Il est à l’époque l’amant de Thérèse Pereyra qu’il épousera plus tardn 6.

Ses inclinaisons politiques ne sont pas sans effets sur ses critiques littéraires. Ainsi, selon Serge Berstein, « le véritable critère de ses critiques est politique. Il porte aux nues les auteurs dont il lui apparaît que l’argument apporte de l’eau au moulin du socialisme ». Pour cette raison, bien qu’apprécié du public et des lecteurs de périodiques, Léon Blum est également un critique contesté en raison de ses critères de choix20.

Débuts en politique

Affaire Dreyfus

Plaque sur l’immeuble du 38 rue Guynemer (6e arrondissement de Paris), où Léon Blum vécut de 1897 à 1908.

C’est à l’occasion de l’affaire Dreyfus que Léon Blum se lance réellement en politique. Longtemps convaincu de la culpabilité d’Alfred Dreyfus, il est sceptique devant les plaidoyers de Bernard Lazare ou de Michel Bréal dont il pense qu’ils cherchent avant tout à défendre sans preuve un coreligionnaire. Finalement, Lucien Herr réussit à le convaincre que Dreyfus a été injustement condamné20. Son rôle dans le déroulement de l’affaire est limité. Le devoir de réserve qui le lie en tant que membre du Conseil d’État ne lui permet d’agir qu’en coulisse, en donnant aux avocats de Dreyfus et de Zola des conseils juridiques20. Cet engagement provoque sa rupture avec Maurice Barrès (qu’il considérait jusqu’alors comme son maître en littérature) et, surtout, sa rencontre en 1897 avec Jean Jaurès, avec qui il se lie d’amitié20.

Militant socialiste

Il participe aux côtés de Jaurès à la fondation de L’Humanité en 1904, journal dans lequel il tient la rubrique littéraire23.

En 1905, au moment de sa création, il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO)20.

Cependant, dès l’été 1905, il quitte L’Humanité, devenu le journal du parti, et ne milite plus guère. Ses activités littéraires reprennent le pas sur ses activités politiques. L’historien Serge Berstein avance que ce retrait est peut-être lié à la déception de voir que la SFIO s’organise autour du marxisme dogmatique et révolutionnaire de Jules Guesde, plutôt qu’autour du socialisme réformiste de Jaurès20.

Première Guerre mondiale

Il rentre en politique au début de la Première Guerre mondiale : en août 1914, réformé pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d’Union sacrée. Le conseiller d’État y apprend le quotidien de l’action gouvernementale. Lorsque Sembat démissionne en décembre 1916, Léon Blum reprend ses fonctions au Conseil d’État.

Il a toujours soutenu l’effort de guerre et la politique de l’Union sacrée. Malgré les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est resté convaincu qu’il s’agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s’opposant aux pacifistes, il ne s’identifiait pas pour autant à l’aile droite du parti.

Dirigeant de la SFIO

Élections législatives de 1919

Léon Blum, élu député de la Seine lors des législatives de 1919.

Ce n’est qu’un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO. Lors du congrès d’avril 1919, Blum tente de préserver les acquis démocratiques et républicains de Jaurès et d’insuffler aux Socialistes une approche progressive de la révolution dans les domaines sociaux, économiques et politiques24. C’est grâce à lui que le parti socialiste conserve une apparence d’unité lors de ces élections. La droite l’emporte néanmoins. Blum est élu pour la première fois député de la Seine ; il démissionne alors du Conseil d’État.

Il devient ensuite secrétaire, puis président du groupe parlementaire socialiste. Député de la Seine de 1919 à 1928 — dans la circonscription CharonnePère Lachaise de Paris25 — et de l’Aude de 1929 à 1940, circonscription de Narbonne.

Scission du congrès de Tours

Lors du congrès de Tours de 1920, Blum refusa de suivre la majorité en faveur de l’adhésion à la Troisième Internationale. Il prononça à cette occasion un discours resté célèbre, qu’il conclut ainsi :

« Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que, pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. […] Dans cette heure qui, pour nous tous, est une heure d’anxiété tragique, n’ajoutons pas encore cela à notre douleur et à nos craintes. Sachons nous abstenir des mots qui blessent, qui déchirent, des actes qui lèsent, de tout ce qui serait déchirement fratricide. Je vous dis cela parce que c’est sans doute la dernière fois que je m’adresse à beaucoup d’entre vous et parce qu’il faut pourtant que cela soit dit. Les uns et les autres, même séparés, restons des socialistes ; malgré tout, restons des frères qu’aura séparés une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu’un foyer commun pourra encore réunir26 »

Blum montre une réelle divergence vis-à-vis des idées du bolchevisme. Selon des propos relatés par Jean Lacouture dans la biographie consacrée à Léon Blum, celui-ci aurait dit : « Le bolchevisme s’est détaché du socialisme comme certaines hérésies se sont détachées de religions pour former des religions nouvelles […]. C’est parce que le bolchevisme a confondu la prise du pouvoir avec la Révolution, le moyen avec la fin, qu’il oriente toute sa tactique vers cette conquête du pouvoir, sans tenir compte ni du moment, ni des circonstances, ni des conséquences, qu’aujourd’hui encore toute la volonté du gouvernement des Soviets est tendue vers la conservation du pouvoir politique absolu, bien qu’il se sache hors d’état d’en tirer la transformation sociale ».

Léon Blum au gymnase Japy, lors du congrès socialiste de 1925.

Alliance avec les radicaux

Après l’épisode du congrès de Tours, Blum n’exclut pas des ententes préélectorales avec les radicaux, la SFIO soutenant d’ailleurs en 1924 le gouvernement radical d’Édouard Herriot sans y participer27. La SFIO connut des fortunes électorales variables durant les années 1920, mais ne pâtit pas de la division avec le Parti communiste. Blum est cependant battu aux élections législatives de 1928 dans le département de la Seine par Jacques Duclos et il doit attendre une élection partielle en 1929, à Narbonne, pour retrouver le Parlement grâce à l’appel de la fédération de l’Aude dirigée par Eugène Montel.

Discours de Léon Blum au congrès socialiste (photographie agence Meurisse, 1932, Paris).

Au début des années 1930, la France entre dans la crise économique. C’est aussi à ce moment, après la défaite de la droite parlementaire en 1932, que l’extrême droite prit un nouvel essor. Celle-ci était constituée d’organisations diverses, formées au début des années 1920, qui avaient de nombreux points communs, comme la dénonciation du régime parlementaire28.

Vers le Front populaire

Rapprochement avec les communistes

Parmi les socialistes, deux grandes tendances se dessinaient sur le plan international pour lutter contre le fascisme. D’une part une frange plus à droite, incarnée par les Britanniques, les Scandinaves, les Tchèques et les Polonais qui voulaient adapter le socialisme aux classes moyennes ; et d’autre part une tendance de gauche incarnée par l’Italie, la Suisse, la France et la Belgique qui proposait « une tactique révolutionnaire de lutte prolétarienne pour la conquête du pouvoir […] ». Blum préconisait aussi d’insister sur les intérêts communs des classes moyennes avec les classes ouvrières.

Début juin 1934, des contacts se nouèrent entre la SFIO et le PC, les négociations avancèrent vite grâce à des concessions mutuelles (le PC étant poussé dans certains cas par l’Internationale communiste). Pour la première fois depuis la scission de Tours, ils sont liés par un engagement politique mutuel. L’accord conclu le 27 juillet n’avait pas de finalité électorale directe, mais était orienté vers l’action. Durant les élections cantonales d’octobre 1934, le désistement réciproque accepté pour la première fois fit progresser les deux partis alors que les radicaux régressaient.

En 1935, notamment au moment de la signature de l’alliance franco-soviétique, les tensions entre les tenants d’une guerre antifasciste et ceux qui attachent une importance primordiale à la paix s’intensifient encore.

Vague d’antisémitisme

Charles Maurras et Georges Calzant sont interrogés par un juge d’instruction à la suite de l’agression contre Blum par des Camelots du roi et ligueurs de l’Action française (Le Populaire, ).

Une vague d’antisémitisme se manifeste déjà durant les mois qui précèdent l’arrivée de Blum au pouvoir. Celui-ci est haï et injurié comme rarement dans une vie politique française, pourtant de tout temps agitée. Charles Maurras appelle au meurtre et écrit dans L’Action française du que Blum est « (un) Juif allemand naturalisé ou fils de naturalisé […], un monstre de la République démocratique […] Détritus humain à traiter comme tel […], un homme à fusiller, mais dans le dos »29,30. En 1937, dans le journal antisémite Gringoire, Henri Béraud décrit Léon Blum ainsi « Les aïeux d’un certain Blum de notre connaissance s’appelaient encore Karfulkenstein, et grattaient leurs puces à l’ombre des Carpathes. », le journal mettant les années suivantes en doute la nationalité et le patriotisme de Léon Blum (« ton passeport Léon ! »). En 1959, son fils, Robert Blum, demande la saisie de la nouvelle édition du Petit Larousse illustré, dont l’article sur son père commence par « Blum (Léon Karfulkenstein. dit Léon) », reproduisant ce mensonge de la presse antisémite d’avant-guerre.

Agression de février 1936

Les paroles incitant aux actes, le , accompagné du député Georges Monnet et de son épouse, Léon Blum est physiquement agressé boulevard Saint-Germain par des membres de l’Action française et des Camelots du roi qui, l’ayant reconnu dans une voiture, tentent de l’en extirper et de le lyncher, aux cris de « Au poteau, au poteau Blum ! » et « On va le pendre ! ». Il saigne abondamment, blessé au visage et à la nuque, et alors âgé de 64 ans et gisant sur la chaussée, il reçoit encore des coups de pied. Il est transporté à l’Hôtel-Dieu où on le soigne pour une rupture de la veine temporale. La scène est filmée par un opérateur amateur, Gérard Bennett, qui revenait par hasard d’un mariage muni de sa caméra31.

Léon Blum après la tentative de lynchage de février 1936.

Le chapeau de Blum est retrouvé dans les locaux du mouvement royaliste. Les agresseurs sont identifiés : Léon Andurand, Édouard Aragon, architecte de 50 ans, et Louis-Gaston Courtois, ancien adjudant, employé de 38 ans dans une compagnie d’assurances et vendeur de L’Action française sont condamnés à des peines de 15 jours à trois mois de prison en par le tribunal correctionnel de Paris31.

Les historiens Louis Bodin et Jean Touchard observent que « L’Action française ne revendique pas ce coup d’éclat ; au contraire, le récit qu’elle en fait [le 14 février 1936] inverse singulièrement les rôles » en attribuant « toute la responsabilité de l’incident » à un Blum soi-disant provocateur et insolent, et le beau rôle aux ligueurs et Camelots du roi qui auraient protégé le député socialiste de « la fureur du public32,33. » L’historien Frédéric Monier relève également que des « journaux d’extrême droite évoquent « l’incident Blum » et cherchent à en minorer la violence, voire à en justifier l’éclatement. (…) L’inversion de la culpabilité se retrouve dans plusieurs journaux de droite, qui rejettent la faute de l’agression sur les victimes34. »

Et Maurras réitère ses menaces de mort contre Léon Blum le  : « C’est en tant que juif qu’il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d’ajouter qu’il ne faudra abattre physiquement Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu’il rêve contre nos compagnons d’armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer… il conviendra que M. Blum soit guillotiné dans le rite des parricides : un voile noir tendu sur ses traits de chameau ». Et Pierre Gaxotte dans Candide du  : « [Blum] incarne tout ce qui nous révulse le sang et nous donne la chair de poule. Il est le mal, il est la mort »31,35,36.

En , Maurras est condamné pour « provocation au meurtre » à de la prison ferme. Il reçoit de très nombreuses marques de soutien dont celui du pape Pie XI, de mère Agnès (sœur aînée de sainte Thérèse de Lisieux et supérieure du Carmel) et cent députés et sénateurs alsaciens[Quoi ?] signeront une protestation en sa faveur. Le , entre 40 000 à 60 000 personnes viennent même rendre un hommage dit « national » à Maurras à l’occasion de sa libération au Vélodrome d’Hiver, en présence de la maréchale Joffre, Léon Daudet, Pierre Taittinger, Xavier Valat37

 

Front populaire

Victoire électorale de 1936

Léon Blum (photographie agence Meurisse, 1936, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie).

C’est le dirigeant communiste Maurice Thorez qui, par des articles dans L’Humanité, appelle à la formation d’un large « Front populaire » (citant Eugen Fried, représentant de l’Internationale communiste en France), après que l’ancien chef communiste et futur collaborationniste Jacques Doriot l’ait lui aussi proposé deux années auparavant (le projet avait alors été rejeté par Moscou et Doriot exclu du PC). Thorez présente d’ailleurs son projet quelques semaines plus tard devant la Chambre des députés. Il propose aussi d’associer à ce Front populaire les radicaux, qui étaient à l’époque liés à la droite et le parti le mieux représenté à la Chambre. Blum fut conseillé par Georges Boris38.

Les accords du Front populaire permettent la victoire aux élections législatives françaises d’avril/mai 1936 et débouchèrent sur le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe République. Blum devient président du Conseil à partir du mois de juin. Il « ne se charge d’aucune responsabilité particulière pour se consacrer tout entier à la direction du gouvernement ». Le gouvernement est alors composé seulement de socialistes et de radicaux, les communistes le soutenant de l’extérieur. Ce gouvernement de Front populaire est aussi le premier à comprendre des femmes— trois sous-secrétaires d’État, Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-Curie et Suzanne Lacore —, alors qu’à cette époque elles n’ont pas encore en France le droit de voter.

Les raisons de la victoire du Front populaire sont multiples : crise économique, montée en puissance d’Adolf Hitler (p.e. remilitarisation de la Rhénanie le ), scandales financiers, instabilité du gouvernement de la législature de 1932, existence des ligues d’extrême droite, armées et de plus en plus nombreuses, émeutes du 6 février 1934. Tous ces éléments ont participé à son émergence.

Léon Blum en 1936.

Gouvernement de Léon Blum

Les résultats donnant le Front populaire vainqueur aux élections donnent beaucoup d’espoir au sein du prolétariat, qui déclenche une grève générale spontanée. Le socialiste Marceau Pivert (1895-1958) exhorte Blum à prendre le pouvoir immédiatement, en se basant sur cette mobilisation populaire et sans attendre la passation de pouvoir officielle. Mais Blum préfère attendre et présente son premier gouvernement à l’Assemblée nationale le 39.

Ces grèves obligent néanmoins le patronat à négocier avec les salariés et leurs syndicats, et à concéder des congés payés et une baisse du temps de travail. Les accords de Matignon sont signés dans la nuit du 7 au .

Dans la guerre d’Espagne, Léon Blum est empêché d’intervenir ouvertement par l’opposition des radicaux et du Royaume-Uni, principal allié de la France, sans oublier l’activisme de l’extrême droite et d’une partie de la droite. Il doit choisir, contre l’avis des Communistes, la non-intervention. Il y a cependant une aide clandestine, organisée par Pierre Cot et Jules Moch. On peut noter que les rapports avec l’Italie sont beaucoup plus difficiles qu’avec l’Allemagne (→ Relations entre la France et l’Italie).

Manifestation du Rassemblement populaire, — dans la tribune, de gauche à droite : Thérèse Blum, Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot.

Sur le plan intérieur, le gouvernement Blum parvient à résoudre la crise sociale. Mais dès l’été 1936, il doit faire face à diverses difficultés, parmi lesquelles la dévaluation du franc français à cause de la situation monétaire et la politique financière en général, qui transformèrent l’inquiétude de la droite en opposition résolue.

Les attaques contre le Front populaire et ses figures sont particulièrement nombreuses et d’une rare violence. Les calomnies de l’extrême droite visent toutes les personnalités du Front populaire. Elles ont notamment pour conséquence le suicide du ministre de l’Intérieur Roger Salengro, proche ami de Léon Blum.

Dans la presse française se forment deux camps bien distincts, d’une part les partisans du Front populaire (L’Humanité, Le Populaire, L’Œuvre, Vendredi, Marianne, etc.), d’autre part les opposants de droite et d’extrême-droite (L’Action française, L’Écho de Paris, L’Ami du peuple, Le Jour, Candide, Gringoire, Je suis partout, etc.). Entre ces deux positions, très peu de journaux ou d’hebdomadaires jouent la carte de la neutralité. La presse allant dans le sens du Front populaire est largement plus faible que la presse d’opposition, et l’une comme l’autre ont contribué à l’échec du gouvernement de Front populaire. C’est dans la presse étrangère, notamment anglo-saxonne, que paraissent les analyses les plus objectives.

Échec du Front populaire

Passation de pouvoirs entre Léon Blum et Camille Chautemps, nouveau président du Conseil, à l’hôtel Matignon, en 1937.

Blum remet sa démission en juin 1937, il est remplacé par un gouvernement radical. En mars 1938, il forme son deuxième gouvernement avec la participation de Pierre Mendès France comme sous-secrétaire d’État au Trésor, mais il est renversé trois semaines plus tard par le Sénat. La défaite définitive du Front populaire a lieu en septembre- avec l’arrivée au pouvoir d’Édouard Daladier, qui s’allie avec la droite plutôt qu’avec la SFIO.

Selon Serge Bernstein, les choix intellectuels de Léon Blum sont pour beaucoup dans l’échec politique de l’expérience du Front populaire. Notamment, sa conviction que seul le prolétariat constitue l’instrument de la transformation sociale et le refus de prendre en compte les classes moyennes qu’il tient pour un groupe résiduel condamné par l’évolution économique. Enfin, l’affirmation que le marxisme constitue la seule clé valable de lecture du monde des années trente et que « toute révision des idées de Marx constituerait un sacrilège ». Pour lui, Léon Blum en arrivant au pouvoir est resté l’homme dont l’action gouvernementale est totalement inspirée par les idées du Parti socialiste. Ainsi, il est emporté en par le vote négatif des sénateurs radicaux qui traduisent « la révolte des classes moyennes, clientèle du radicalisme contre ce qui leur apparaît comme une politique de classe »20.

Le bilan du Front populaire est mitigé, mais cette brève expérience permet tout de même un nombre important d’avancées dans de nombreux domaines, en particulier dans le domaine social : congés payés (obtenus à la suite de grèves, mais ils figurent déjà dans la profession de foi de Jean-Baptiste Lebas, futur ministre du Travail40), semaine de quarante heures, établissement des conventions collectives, prolongement de la scolarité à 14 ans, etc. La relance des dépenses d’armement, priorité absolue devant les dépenses sociales, est également à mettre à son crédit. Le , Blum signe avec Londres et Washington un accord monétaire plaçant la valeur du franc entre 43 et 49 milligrammes d’or contre 65,5 milligrammes précédemment41.

Face à la conférence de Munich

Lors des accords de Munich pour régler la crise des Sudètes et tenter d’éviter la guerre, en , Léon Blum n’exerce aucune fonction gouvernementale. Il est président du groupe SFIO à la Chambre des députés et principal éditorialiste du journal Le Populaire.

Paul Faure (au centre) et Georges Monnet (à l’arrière-plan).

Le , pendant les négociations et avant la signature des accords, il s’exprime ainsi : « il n’est pas possible que la souveraineté et l’indépendance de la Tchécoslovaquie lui soient maintenant arrachées lambeau par lambeau. […] Ce qui est en cause, c’est le sort de l’Europe, le sort de la liberté en Europe, Grande-Bretagne et France comprises »42. Le jour de la réunion de la conférence, le , il pense que « la guerre est probablement écartée. Mais dans des conditions telles que moi, […] je n’en puis éprouver de joie et que je me sens partagé entre un lâche soulagement et la honte »43. Le , jour même de la conférence, semblant se parler à lui-même, il considère qu’« on commettrait une grave erreur si on contrariait en quoi que ce soit cet espoir et cette joie, car ils sont en eux-mêmes une puissance de paix et une chance de paix »44. Le lendemain de la signature des accords de Munich, le 1er octobre, il fait part de son « sentiment de délivrance »44 et cinq jours après, le , il va à l’encontre de l’opinion dominante et de la position pacifiste de Paul Faure en publiant dans Le Populaire un éditorial où il « demande un effort de surarmement plus intense et plus hâtif »45.

Son attitude a longtemps été controversée : il est tantôt qualifié de « munichois », tantôt (le plus souvent) d’« antimunichois ». Il apparaît aujourd’hui comme acquis qu’étant intimement opposé aux accords, il a cédé à l’ivresse générale qui s’est alors emparée de l’opinion publique ainsi que de la grande majorité de la classe politique. Dans son propre parti, l’ancienne tendance de Marceau Pivert, bien que désormais démissionnaire, dispose d’une influence réelle et Blum n’ose pas affronter directement ses militants. Comme on le constate ci-dessus, il semble approuver les accords le jour de leur signature ainsi que dans les quelques jours suivants. Néanmoins, quelque temps après, il se ravise et il montre une fermeté croissante envers les gouvernements fascistes et dans l’effort pour le réarmement de la France, au prix de la division de son propre parti. L’unité de la SFIO n’éclate pas publiquement avant le vote du à Vichy mais jusqu’à cette date, la ligne politique pacifiste des « paul-fauristes », tenant l’appareil du parti, s’oppose de plus en plus durement à la résolution du courant blumiste regroupé autour du Populaire et de Georges Monnet46.

Seconde Guerre mondiale

Léon Blum condamne l’attitude du PCF face au pacte germano-soviétique, attitude qui provoque le départ d’un certain nombre de communistes qui se tournent vers la SFIO, avec l’aval de Léon Blum, mais contre l’avis d’autres socialistes. Blum se met aussi à dos une partie des socialistes en particulier Paul Faure à cause de ses positions non pacifistes.

Survient la débâcle. Le , Léon Blum emmène sa famille à Montluçon, municipalité de Marx Dormoy. En compagnie de celui-ci, il rentre ensuite à Paris le , croyant Paul Reynaud et Georges Mandel toujours présents dans la capitale. Blum et Dormoy s’avisent alors de l’absence de tout membre du gouvernement. Ils visitent la Chambre des députés déserte avant de regagner Montluçon, où ils apprennent que le gouvernement s’est réfugié à Bordeaux. Les deux socialistes y parviennent à leur tour, tant bien que mal en plein exode, dans la nuit du 14 au 47. Autrefois confiant en la réputation « républicaine » de Philippe Pétain48,49, Blum apprend avec stupeur l’attitude capitularde du Maréchal le 47. Affecté par la chute du gouvernement Paul Reynaud survenue le lendemain, le chef socialiste croit encore au départ imminent des ministres devant l’avancée des troupes allemandes50. Il donne son aval à la participation de deux membres de la SFIO (Albert Rivière et André Février) au gouvernement Philippe Pétain51 mais il ne nourrit plus aucune illusion vis-à-vis du Maréchal52, à plus forte raison lorsque ce dernier, dans son discours du , impute la responsabilité de la défaite à « l’esprit de jouissance », désignant ainsi le Front populaire comme bouc émissaire53,54. Le 26 juin, à l’invitation d’Eugène Montel, dont le gendre possède le château de l’Armurié à Colomiers, près de Toulouse, il s’y installe avec Vincent Auriol.

Léon Blum et Marx Dormoy sortant du théâtre du Grand Casino de Vichy où siège l’Assemblée nationale en .

Bien qu’isolé, suscitant l’hostilité de plusieurs hommes politiques et rejeté par nombre de ses camarades socialistes, Léon Blum se rend à Vichy54. Lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain (), il fait partie des quatre-vingts parlementaires de l’Assemblée nationale (sous la IIIe République, nom donné à la réunion des deux chambres) qui votent contre, mais le dirigeant socialiste ne prend pas la parole de crainte que son intervention déclenche publiquement le reniement de la majorité de son groupe parlementaire55,56. La peur de Laval, les intimidations du ministre de l’Intérieur Adrien Marquet57, l’issue de Mers-el-Kébir (3-6 juillet 1940) et le pacifisme peuvent en partie expliquer que la quasi-totalité des 569 élus présents aient voté les pleins pouvoirs, mais Léon Blum est extrêmement affecté de la désaffection de nombre de siens : « […] D’un autre côté, Léon Blum ne peut qu’être frappé par le fait que des centristes, chrétiens ou conservateurs, aient résisté et voté contre le projet Laval »58.

La Cour suprême de justice est instituée par Pétain, en juillet 1940, pour rechercher les responsables politiques de la guerre. Un grand nombre d’hommes politiques sont condamnés. Blum, qui est revenu à Colomiers le 12 juillet, s’en indigne. Il y reçoit une invitation à partir aux États-Unis de Roosevelt, rencontre de nombreux socialistes (Jules Moch, Vincent Auriol, Daniel Mayer…), entend l’appel du 18 Juin. Il est arrêté, avec Eugène Montel, le , en dépit de son immunité parlementaire, interné en France au château de Chazeron dans le Puy-de-Dôme, puis à Bourassol, non loin de Clermont-Ferrand. Ces lieux de détention deviennent le lieu de ralliement des socialistes résistants, comme Jean Pierre-Bloch, Félix Gouin son avocat ou André Philip. L’ancien chef de gouvernement se tient consciencieusement au courant de la situation et exhorte ses camarades à résister.

« Léon Blum déporté ! », titre en une du Populaire, édition clandestine de l’organe du parti socialiste (1942).
Par ordre du maréchal Pétain, les journaux reçoivent la consigne d’annoncer, en gros caractères et sur 5 colonnes, « le châtiment des responsables » présumés de la défaite59 ().

Il est traduit devant la Cour suprême de justice (cour spécialement créée par le régime de Vichy) lors du procès de Riom, mais sa défense et celle d’Édouard Daladier permettent une suspension sine die du procès. Au-delà de Blum ou Daladier, ce sont les présidents du Conseil et les membres du Front populaire qui sont visés. Vichy leur reproche notamment d’être responsables de la défaite en ayant empêché le réarmement de la France par la mise en place de réformes sociales. Blum démontre que le réarmement n’a jamais été aussi intense que sous le Front populaire, au contraire des gouvernements l’ayant précédé, dont un qui eut pour ministre de la Guerre le maréchal Pétain60.

Blum est transféré au fort du Portalet dans les Pyrénées, puis encore transféré par les Allemands en tant qu’« otage d’État » au camp de concentration nazi de Buchenwald le 31 mars 1943, dans des maisons hors de l’enceinte du camp, avec d’autres personnalités politiques, notamment Georges Mandel. Ses conditions de détention ne sont pas celles du camp voisin, et le il peut épouser Jeanne Levylier (1899-1982), qui l’y a rejoint volontairement après autorisation de Pierre Laval61,62,16.

Son frère René Blum, directeur d’opéra, fondateur du Ballet de l’Opéra à Monte-Carlo, est torturé puis tué à Auschwitz : il considérait comme une désertion de se réfugier hors de France comme ses amis le lui conseillaient63.

Durant sa détention, Léon Blum entretient une importante correspondance et commence à écrire un ouvrage de réflexions qu’il termine en décembre 1944 et qui sera publié après la guerre sous le titre À l’échelle humaine.

Le , devant l’avance alliée, les Allemands emmènent Léon Blum et sa femme dans un convoi de plus de 130 prisonniers et le , ils se retrouvent dans un hôtel à Niederdorf, dans le Tyrol du Sud, où, le 30 avril, ils voient les premiers soldats américains64.

À la fin de juillet 1945, il est cité comme témoin dans le procès de Philippe Pétain. Il y décrit ce qu’il avait vu à Vichy le  : « J’ai vu là pendant deux jours [dit-il] des hommes s’altérer, se corrompre comme à vue d’œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique. Ce qui agissait, c’était la peur : la peur des bandes de Doriot dans la rue, la peur des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand, la peur des Allemands qui étaient à Moulins… Et le bruit qu’on faisait courir, […] c’est : « Ceux qui ne voteront pas ne coucheront pas dans leur lit ce soir… » »65.

Refusant un poste de ministre proposé par de Gaulle, il reprend ses articles quotidiens dans le journal Le Populaire.

 

Après-guerre

Léon Blum, chef du gouvernement dit « de la Saint-Sylvestre » ().

Il est le chef de la délégation française, puis le président de la conférence constitutive de l’UNESCO, après avoir négocié l’annulation des dettes de guerre de la France auprès des États-Unis : l’accord Blum-Byrnes de mai 1946 autorisent par la même occasion la diffusion des films américains dans les salles de cinéma françaises, introduisant une composante de l’American way of life dans la culture de masse à la française.

Après l’élection, le , d’une nouvelle assemblée nationale, son président, Vincent Auriol, qui exerce en fait les fonctions de chef de l’État, sollicite Léon Blum le 12 décembre pour diriger le dernier gouvernement provisoire, du au (c’est le gouvernement dit « de la Saint-Sylvestre », premier gouvernement uniquement composé de socialistes). Pendant cette période de transition Blum fait progresser les négociations avec le gouvernement travailliste anglais pour aboutir au traité d’alliance franco-britannique de Dunkerque du , première pierre d’une stratégie européenne de défense.

Première séance de travail du gouvernement Léon Blum à Matignon, .

Le , à la suite de la démission du gouvernement Ramadier, le président de la République Vincent Auriol charge Léon Blum de former un nouveau gouvernement66. Cependant, le 21 novembre, l’Assemblée nationale lui refuse l’investiture par 300 voix sur 61967. Le lendemain, les députés accordent leur confiance à Robert Schuman68. C’est aussi l’époque où Léon Blum signe un article dans le quotidien socialiste Le Populaire pour demander des négociations avec le Việt Minh69. Le , Blum devient brièvement vice-président du Conseil dans le gouvernement d’André Marie mais il n’y tient qu’un rôle honorifique70.

Le , Léon Blum dépose à la barre des témoins lors du procès de la Cagoule, organisation clandestine d’extrême droite71.

Tombe de Léon Blum au cimetière de Jouy-en-Josas.

Il se retire ensuite dans sa maison de Jouy-en-Josas près de Versailles, où il meurt, le , d’un infarctus à l’âge de 77 ans. Il est resté directeur politique du Populaire jusqu’à sa mort. Il y dénonce notamment le danger que constitue, selon lui, le RPF, le parti gaulliste, pour le régime parlementaire72.

Ses obsèques nationales ont lieu le place de la Concorde73. Son éloge funèbre est prononcé par le président de la République Vincent Auriol, les socialistes Daniel Mayer et Guy Mollet, le ministre radical Yvon Delbos et le représentant de l’Internationale socialiste Louis de Brouckère74.

Judéité

 

Personnellement agnostique, Léon Blum respectait la religion juive de ses parents, se sentait français et juif, et, par la suite, s’est engagé dans plusieurs mouvements sionistes. Il fut par ailleurs tout au long de sa carrière journalistique et politique victime de violentes campagnes de presse antisémites.

Victime de l’antisémitisme

Léon Blum a très tôt souffert de l’antisémitisme. Il en est victime dès sa jeunesse, en tant que critique littéraire et défenseur de Dreyfus. Pour les antisémites, il incarne le « Juif faible », « efféminé »23. En raison de son image de dandy, il fait l’objet de caricatures homophobes parfois « particulièrement obscènes »75. L’antisémitisme le frappe de plus belle dès qu’il est élu à la Chambre des députés et où ses discours commencent à remporter un grand succès. Il est la cible de nombreuses attaques dans les quotidiens d’extrême droite. Léon Daudet, par exemple, se déchaîne contre cet « hybride ethnique et hermaphrodite » dans L’Action française du .

Une partie de la population juive a vu d’un mauvais œil son accession au pouvoir, craignant notamment une poussée de l’antisémitisme.[réf. nécessaire]

Avocat du sionisme

Léon Blum a été, tout au long de sa vie politique un sympathisant avoué du sionisme modéré et plus tard solidaire d’Israël, n’y voyant « aucun heurt possible dans sa triple qualité de socialiste, de Français et de juif » selon une formule de Roland Schwob76. Léon Blum lui-même a prononcé cet acte de foi : « Juif français, né en France d’une longue suite d’aïeux français, ne parlant que la langue de mon pays, nourri principalement de sa culture, m’étant refusé à le quitter à l’heure même où j’y courais le plus de dangers, je participe cependant à l’effort admirable miraculeusement transporté du plan du rêve au plan de la réalité historique, qui assure désormais une patrie digne, également libre à tous les Juifs qui n’ont pas eu comme moi la bonne fortune de la trouver dans leur pays natal […]. Je m’en suis toujours senti fier et j’en suis plus que jamais solidaire »77.

Kibboutz Kfar Blum en 1946.
Kibboutz Kfar Blum en 2014.

Dès 1919, il intervient pour infléchir la position diplomatique française sur le « Foyer national juif » autorisé en Palestine par les autorités anglaises77. En 1928, en coopération avec de grands dirigeants inspirés comme Arthur Rubinstein et Eduard Bernstein, il a créé le « Comité socialiste pour la Palestine »77. En 1929, il entre à l’Agence juive pour la Palestine, comme représentant de la gauche non-sioniste78 et exalte, devant le congrès de Zurich de cette organisation, l’esprit de peuple juif79.

En hommage à sa contribution à la cause sioniste, un kibboutz de Galilée fondé en 1943, est baptisé « Kfar Blum » (le village de Blum)80. Dès avant la Seconde Guerre mondiale, il avait exprimé sa fierté « en tant que Français, socialiste et Juif » que son nom soit associé à ce kibboutz81.

Après 1945, il est, dans ses fonctions politiques et gouvernementales, un artisan actif de la reconnaissance d’Israël sur le plan international. Proche de Chaim Weizmann82, premier président d’Israël, il participe à la construction de l’étroite alliance diplomatique, économique, militaire et technologique qui unit la France de la IVe République et l’État israélien.

Retour en haut